Accompagnement individuel & Développement communautaire
Par Geneviève CASANOVA le mer, 16/11/2011 - 10:59
Pierre BERTON, membre du CSTS, président de l’EFPP Paris, fait le choix de relier ces deux ateliers (Accompagnement individuel & Développement social et communautaire) de l’individuel au collectif, de l’individu à la communauté
L’essentiel
- La prévention spécialisée présente toujours la garantie d’atteindre individuellement les jeunes qui sont « hors circuit » du droit commun. Grâce à sa méthodologie (libre adhésion, respect de l’anonymat) elle peut les « approcher » et les accompagner de manière à ce qu’ils trouvent ou retrouvent une place sociale. Et là se trouve le lien avec le travail social communautaire. Puisque la prévention spécialisée travaille au cœur des territoires et réintègre les actions individuelles dans un projet collectif, elle s’inscrit dans le travail social communautaire
Ce qui m’a frappé, surpris
- Accompagnement individuel : La capacité d’initiatives pour inventer des outils support au plus près des réalités du public suivi de manière à créer des espaces intermédiaires entre le jeune et le droit commun : chantier, outils d’insertion par l’économique, dispositifs d’accès au logement.... Grande variété, grande ténacité. Encore faut-il qu’en aval de ces efforts de la prévention spécialisée, il y ait du travail, des logements, etc. dans lesquels les jeunes puissent s’inscrire.
- Développement social communautaire : J’ai surtout entendu parler d’actions que je qualifierais de partenariales plutôt que vraiment installées dans le travail social communautaire. On est un peu dans la confusion en France sur cette question-là car on ne peut référencer explicitement ce travail à des communautés ethniques alors même que l’on est confronté à des réalités de cet ordre. Travailler dans un territoire pour redonner aux habitants du pouvoir d’agir et de la maîtrise sur leur vie nécessite de considérer l’existant tel qu’il est avant de pouvoir tisser du lien social sur une approche laïque de la vie en société. La rénovation urbaine notamment doit être l’occasion de promouvoir la diversité et la mixité nécessaires pour favoriser le partage autour des valeurs de la République.
Perspectives
- Depuis 2007 l’environnement est très complexe pour la prévention spécialisée qui travaille à partir du postulat que les jeunes sont en construction et qu’il importe de ne pas les cataloguer dans leurs façons d’exprimer leurs difficultés. D’abord une tension perceptible depuis la loi de lutte contre la prévention de la délinquance : garder la confiance des jeunes tout en respectant la loi et en respectant la confidentialité... ce texte a plutôt perturbé les liens de confiance entre les intervenants. Quant à la loi réformant la protection de l’enfance, celle dite « bonne », elle ne l’est pas tant que ça car elle accentue les clivages entre les jeunes pris en charge au titre de l’ASE et ceux dévolus à une PJJ recentrée sur ses missions pénales. On en revient à rassembler des jeunes au titre de leur délinquance ce qui est contre-productif ; entre autres effets négatifs les passerelles entre la PJJ et la prévention spécialisée s’en trouvent affectées.
- La prévention spécialisée est dans l’ASE, c’est une bonne chose, et elle continue de faire ce qu’elle peut mais parfois les demandes sous-jacentes des départements dont elle dépend sont plus complexes que l’affichage « ASE ». Enfin ajoutons que les effectifs n’ont pas suivi la massification des problèmes (chômage, problèmes scolaires, etc.).
Choses retenues des ateliers... et autour de ces thématiques
- Historiquement en France chaque fois que quelqu’un a un problème, c’est l’Etat qui s’en occupe. Mais un changement est intervenu lorsque l’on a procédé à des partages de compétences : sont apparus les Départements, les Régions, les Villes mais pas l’endroit où tout cela aurait été coordonné.
- La loi de 2007 réformant la protection de l’enfance, dans son annexe 14, habilite le travail social à faire du travail communautaire et la prévention spécialisée est identifiée comme fer de lance de cette dimension-là dans la mesure où elle peut atteindre des gens qui sont en dehors des systèmes institutionnels. Mais le « travail social de base » est loin de cette réalité et le plus souvent se retrouve confiné dans une logique de guichets où l’on ouvre des droits individuels ; ces travailleurs sociaux-là donnent des signes d’épuisement et ce travail est coupé du faire ensemble, de l’ambition de créer des liens. Dans ce sens-là on peut estimer que le tournant du travail social communautaire a été raté, il faut pourtant aller vers le développement de ce travail en lien avec tous les habitants sur un territoire donné, mais il faut pouvoir le faire avec l’ensemble du travail social : « inscrire les destins individuels dans un projet collectif pour faire société. »


