Accrochage scolaire

 

 

Pierre SIMONE, chargé de mission à l’inspection académique de la Loire

"Du bricolage au pilotage"

 

L’essentiel

  • De toutes les histoires que les participants ont racontées, j’ai retenu leur engagement, leur énergie, leur dévouement, leur capacité d’innover et leur volonté de construire avec toutefois la difficulté d’expliquer à l’autre qui ne connaît pas ce que je vis tous les jours et qui parfois m’envahit. Mais n’en serions-nous pas aux balbutiements d’un système en direction des jeunes qui manque cruellement d’un pilotage institutionnel et politique capable d’articuler les points sur lesquels nos projets et nos missions devraient être en convergence ? Au lieu de cela, aujourd’hui, chacun pilote un niveau : la ville, le conseil général, le conseil régional, la CAF, l’Etat... chacun mobilise les acteurs associatifs, institutionnels par des commandes spécifiques, des appels d’offres... et on assiste bien souvent à un empilement d’actions, de dispositifs là où il faudrait de la cohérence, de l’articulation.

Ce qui m’a frappé

  • Des changements qui sont intervenus dans les 30 dernières années et qui impactent à la fois le corps enseignants, les travailleurs sociaux et les jeunes, je retiendrai la notion de mobilité qui m’a beaucoup frappé. Le temps n’est pas si éloigné où travailleurs sociaux et enseignants habitaient souvent le quartier où ils travaillaient. C’était un temps où les professionnels issus de l’éducation populaire étaient des militants avant d’être des professionnels. Ces paramètres ont changé : nous avons affaire à des professionnels, qui ont des valeurs et une éthique certes, mais sont d’abord des professionnels. Les jeunes aussi sont très mobiles, ils changent de mode de communication d’une seconde à l’autre (internet, téléphone...) et se déplacent davantage. Si l’on ajoute à ces mobilités-là le fort taux de renouvellement dans les équipes enseignantes et éducatives, on voit des temps et séquences isolés les uns des autres là où on avait comme dans le théâtre classique une unité de lieu et de temps. « Il faut être où là où il faut quand il faut », disait un éducateur.

Perspectives

  • Nous nous réclamons tous du bien-être des enfants, et pas seulement l'Éducation nationale et les travailleurs sociaux : les médecins, les magistrats, les parents... tout le monde souhaite le bien être de ces jeunes ; mais ne faudrait-il pas pour commencer définir ce « bien-être » ? Ou tout au moins en adopter ensemble les dénominateurs communs dans lesquels chacun d’entre nous pourrait se retrouver. Faute de quoi nous risquons des moments et des messages qui se succèdent sans que soit travaillée la question de la continuité éducative nécessaire à la construction de ces enfants (continuité et non pas similarité).

Ce que j’ai retenu de l’atelier et de ces deux journées

  • De part et d’autre, nous vivons tous le même paradoxe : nous sommes convaincus que le salut passera par l’autre, et en même temps nous restons dans l’ignorance voire la méfiance de ce que fait cet autre, enseignant, parent, éducateur, animateur... Ce sont des enseignants, persuadés que sans les travailleurs sociaux ils n’y arriveront pas avec cet enfant-là mais qui disent dans le même temps « mais que font les éducateurs avec ces gamins » ; de même des travailleurs sociaux convaincus qu’il leur faut absolument travailler de concert avec une équipe enseignante, mais qui restent désarçonnés devant sa conception des choses. Nous parlons beaucoup de partenariat et dans nos rencontres nous discutons beaucoup mais nous restons davantage dans le dire que dans le faire. Nous développons un « discours sur » dont nous avons des difficultés à sortir. En même temps ce partenariat nous fait progresser dans la connaissance de l’autre c’est indéniable et c’est beaucoup. Mais ce n’est pas suffisamment opérationnel.
  • Il y a des gouttes d’eau que l’on monte en épingle... jusqu’à l’appel à projets... alors qu’elles sont simples (nuisances sonores...), voire « normales » et qu’il s’agirait de retisser du lien. Un éducateur disait « je relie et je relis » et là aussi peut-être manquons-nous de précisions : de quel lien s’agit-il ? du lien avec ou d’un lien entre ? avec l’adulte ou avec les structures institutionnelles ? ou entre des individus, ou entre des structures qui travaillent avec ces individus ? Nous manquons de feuille de route et c’est d’autant plus dommage que nous avons la volonté l’énergie, et des compétences. Jusqu’où parle-t-on d’un problème réel et à partir de quand met-on une focale sur un symptôme d’un échec plus général ? Le décrochage scolaire en est un exemple : c’est devenu un événement, un phénomène sur lequel on focalise discours et moyens. Décrochent-ils plus qu’hier ? C’est faux. Est-ce le chômage qui les rattrape quand ils n’ont pas de diplôme qu’il faut cibler ?