Action sur le milieu
Par Geneviève CASANOVA le mer, 16/11/2011 - 11:06
Pierre-Jean Andrieu, Professeur associé à l’Université Paris 7, ancien président du CTPS.
L’essentiel
- A travers la présentation de la démarche de mobilisation dans le milieu (je préfère cette formulation à « sur » le milieu) conduite à Colomiers par l’association de prévention spécialisée ACSE, Patrick JIMENA a rappelé que la prévention spécialisée est en soi un projet politique, celui de permettre à des jeunes de grandir mais aussi celui d’appuyer les capacités collectives d’un quartier à se retrouver, à faire communauté.
- Cette démarche, en quelques mots : pour engager cette mobilisation, les Éducateurs spécialisés ont rencontré une centaine d’habitants en face en face dans leur logement et leur ont proposé de parler de leurs passions, de leurs rêves, de leurs désirs. Sur la base de cet entretien ils ont suggéré aux personnes de rédiger ce qu’ils venaient de dire, en ayant recours à des voisins si besoin était et pour ceux qui ne souhaitaient pas passer à l’écrit, ils ont proposé de revenir pour enregistrer leurs propos. Ce matériau comportait des propositions sur ce qu’il serait souhaitable de faire et sur leur possible contribution, pour aller vers une amélioration des conditions de vie sur le quartier. L’ensemble de ces propositions a fait l’objet d’un travail qui a été présenté à l’occasion d’une grande manifestation où plus du tiers des habitants étaient présents et par la suite près de la moitié de ces propositions ont été mises en œuvre. Un exemple parmi d’autres: des personnes âgées isolées mais aimant cuisiner proposent d’apprendre à d’autres à faire la cuisine …
Ce qui m’a frappé
- La posture qu’a prise l’association : en s’adressant aux habitants comme à des personnes qui ont des rêves et des passions, elle part de leurs capacités et de leurs compétences plutôt que de venir interroger leurs besoins, ce qui renverrait à une relation asymétrique. Elle fait le pari des capacités des personnes et chemin faisant construit une démarche de reconnaissance des gens : en créant les conditions de leur expression, elle leur permet d’exister dans la relation aux autres. Le mode d’immersion de l’association de Colomiers dans son milieu : cette association emploie 6 Éducateurs spécialisés et compte 130 membres, la plupart étant des habitants de Colomiers.
- Cela montre si besoin était qu’engager des démarches de mobilisation, d’’empowerment est d’abord une affaire de posture et suppose la maîtrise d’un certain nombre de méthodologies d’intervention. Ce type de démarche n’a rien à voir avec les offres habituelles de participation au cours desquelles on demande aux gens de venir « réagir / confirmer » une proposition d’intervention ou d’action qui a été le plus souvent conçue en dehors d’eux. Bien sûr une telle démarche peut apparaître exceptionnelle, et dans le même temps il faut se rappeler que l’action dans et avec le milieu fait partie du projet de la prévention spécialisée. Le fondement de la prévention spécialisée ne se situe pas dans les principes méthodologiques de l’anonymat, la non institutionnalisation et l’absence de mandat mais bien, d’une part dans le choix politique de considérer que le jeune existe comme une personne et qu’il ne peut être réduit à ses seuls comportements, et d’autre part dans la position anthropologique de considérer que l’homme n’existe que dans ses relations à autrui ; ce sont bien ces fondements qui justifient que la prévention spécialisée conduit des actions individuelles, des actions ave des groupes et des actions dans le milieu.
Une interrogation et une perspective de travail
- Un constat a été dégagé dans les échanges : nombre d’associations ne se sentent pas aujourd’hui en mesure de conduire des actions un peu offensives et explicites dans le milieu parce qu’elles ont le sentiment qu’elles n’en ont pas la commande et/ou qu’elles n’en ont pas toujours la compétence. Comment les associations peuvent-elles participer de manière plus offensive à la construction de la commande après avoir œuvré au renforcement des compétences de leurs équipes ? Progresser dans cette voie qui est au cœur du projet de la prévention spécialisée suppose que l’on apprenne à mieux rendre compte des actions conduites dans le milieu ; c’est là un chantier collectif pour l’ensemble des associations de prévention spécialisée.
- En la matière il serait intéressant de prolonger les travaux conduits par Joëlle Bordet avec un certain nombre d’associations de prévention spécialisée et dans lesquels elle montre comment l’action de ces équipes peut contribuer à ce qu’elle appelle « la réassurance collective », aussi bien au niveau des institutions que des habitants d’un quartier (cf. in CL+11_5).


