Convergences, spécificités et un mot pour la fin

 

 

Jean Marie VAUCHEZ , président de l’ONES nous permettra de dire qu'il s'exprime là en tant que grand témoin mais aussi de sa place de Président de l'ONES et avec le recul qu'elle lui confère. Qu'il soit encore remercié d'avoir pris ce temps avec nous.

 

Les pratiques professionnelles des Éducateurs spécialisés sont diverses mais nous partageons des préoccupations

  1. La question des normes au sens large : hygiène dans les ateliers cuisine, encadrement des sorties, horaires de travail dans les séjours ; tout ce qui est de l’ordre du réglementaire.
  2. Une difficulté à s’affirmer en tant que professionnels (voir intra ce qu'il en dit à propos de la délinquance) : les nouveaux métiers qui viennent dans le champ de l’intervention sociale et interrogent nos propres référentiels sont une difficulté supplémentaire ; la médiation sociale en est un exemple (sur la question de la médiation, voir intra).
  3. Enfin la question du cadre de l’intervention sociale qui bouge et se complexifie sans cesse. Les textes sur la prévention de la délinquance en sont une illustration et que dire de la loi HSPT qui rapatrie le médico-social dans le sanitaire.
  • Des enjeux sont à l’œuvre, dont je n'ai pas entendu parler ici mais qui traversent tout le champ du médico-social et du social et même si on ne les mesure pas encore très bien, par manque de recul, ils changent fondamentalement la donne. Retenons la procédure des appels à projets : elle est en train de se généraliser et devient la règle pour les créations d’activités. La mise en concurrence qu’elle engendre peut se faire au détriment de la qualité des interventions mais surtout elle introduit un changement de logique radical. Historiquement le secteur social construit ses interventions à partir des besoins observés sur le terrain, dans une logique ascendante ; avec l’appel à projets on entre dans une logique descendante où les bailleurs de fonds qui sont parfois influencés par des aspects politiques à court terme risquent de passer des commandes avec des objectifs qui seront plus ou moins éloignés de nos fondamentaux et/ou de nos constats. On le voit déjà dans le domaine de l’insertion ; on l’a bien vu lors de la mise en place des CEF que tous les intervenants dénonçaient à leur création. Malgré tout certaines associations y sont allées mais dernièrement le contrôleur général des lieux de privation de liberté en a dressé un rapport peu flatteur (beaucoup d’équipes peu qualifiées, avec des faisant fonction, et utilisation fréquente de contrainte physique...).
  • Il faut être attentifs à ce processus, y compris en prévention spécialisée et dans ce contexte il nous faut être clairs sur nos positionnements de manière à ce que l’on ne fasse pas l’impasse sur l’expertise des professionnels. La prévention spécialisée a une identité forte, et cela peut faire la différence mais on ne fera pas l’économie d’aborder ces évolutions de manière frontale. Il faudrait développer des articulations avec les chercheurs, disposer de trajectoires, d’études sur les parcours des jeunes que nous suivons, et disposer d’un lieu où les ressources disponibles, statistiques, etc. soient réunies et mises en valeur. Une réserve argumentaire.

 

Le mot de la fin, nous le laisserons à Irène JOUVANCEAU, adhérente individuelle au CNLAPS, directrice du service de prévention spécialisée de la Sauvegarde du Rhône jusqu’en mars 2011.

  • Entre tous ces professionnels de la prévention et leurs partenaires la qualité de l’écoute et des échanges, actait d’une culture professionnelle en mouvement mais consolidée, mâture, qui n’est pas donneuse de leçons mais au contraire se maintient sur le versant du questionnement alors que le socle de ses valeurs de base est toujours solide et affirmé.
  • Le dosage était très réussi entre les interventions de type magistral et les témoignages des professionnels qui ont vraiment eu du temps et de la place pour s’exprimer. De même pour l’équilibre entre les questions fondamentales (adolescence, jeunesse, éducation, politiques publiques, politiques sécuritaires, la norme, etc.) et des approches un peu plus inattendues (l’avocat des mineurs, le numérique ...). Les interviews filmées des chercheurs qui n’avaient pu se déplacer : très bonne idée ; leur expertise était parmi nous et peut-être était-ce une des manières de pouvoir laisser davantage de place aux praticiens de la prévention spécialisée. Les ateliers illustraient la capacité de ces praticiens à réfléchir et à produire : il faudrait aller de plus en plus vers une formalisation de ces productions, de manière à les valoriser et les rendre accessibles.