Revenir sur la question de la délinquance

 

 

Voici deux prises de position très claires et bien ancrées dans des origines qu'il faut se garder de méconnaître.

 

Jean Marie VAUCHEZ , président de l’ONES

  • Il y a une résistance à aborder ce sujet et pas seulement en prévention spécialisée (osera-t-on le mot « corporatisme ?...). Je fais un détour du côté des Éducateurs qui travaillent dans d’autres champs par exemple dans une Maison d’accueil spécialisée. Pour eux, la question du soin médical est toujours présente et ils s’en défendent parfois en disant qu’ils « ne font pas du soin, mais de l’éducatif » Or, Joseph Rouzel fait remarquer que le travail éducatif a un effet thérapeutique. Ainsi le soin arrive de surcroît, dès lors qu’une action éducative est entreprise mais il ne peut se repérer que dans l’après coup et il n’était pas recherché en tant que tel. De la même façon, c’est vrai, nous ne sommes pas là a priori pour combattre la délinquance mais le travail éducatif mené par la prévention spécialisée, ses accompagnements auprès des jeunes, au cœur des territoires, produit un effet sur la délinquance. Nous ne sommes pas des têtes de pont de la prévention de la délinquance mais notre travail a un effet dans ce champ et il faut que nous en parlions.
  • La prévention spécialisée s’est construite là-dessus : ses fondateurs ont eu quelque chose à dire de la délinquance, et de leur connaissance fine des quartiers. C’est aussi pour cela qu’elle a été légitimée et reconnue, il ne faut pas le renier. L’absence de mandat, le respect de l’anonymat ont aussi été pensés dans une articulation avec la prévention de la délinquance : pour pouvoir entrer en contact, être au plus près des jeunes à partir d’une posture qui permette d’éviter ou d’enrayer des phénomènes de délinquance. La prévention de la délinquance est inscrite depuis toujours dans l’utilité sociale de la prévention spécialisée. Cette réticence à en parler est bien sûr aussi le résultat de la politisation extrême qui a envahi cette question ces dernières années : il y a une crainte compréhensible de l’instrumentalisation (discours de Grenoble, lois, etc.). Mais face à ces positionnements politiques, nous devons pouvoir continuer à dire que nous sommes compétents, que nous ne sommes pas naïfs et que l’on ferait mieux de nous laisser faire ce que nous savons faire plutôt que de nous dire ce que nous devrions faire.
  • L’une des pistes que nous pourrions creuser serait de mieux affirmer notre professionnalité que nous avons du mal à soutenir. Nous servirions mieux notre métier en affirmant que nous avons quelque chose à dire de la délinquance, par exemple que nous sommes bien plus efficaces que des caméras de vidéosurveillance qui coûtent très cher et sécurisent uniquement leur périmètre d’action sans s’attaquer véritablement au problème car les jeunes se déplacent et commettent les mêmes actes un peu plus loin. Par contre, combien de services de prévention spécialisée voient leurs budgets amputés au profit de tels dispositifs ?

Irène JOUVANCEAU, adhérente individuelle au CNLAPS, directrice du service de prévention spécialisée de la Sauvegarde du Rhône jusqu’en mars 2011.

  • Concernant la délinquance, thème fort de ces journées : ni déni ni malaise. La prévention spécialisée est née de réactions liées à la délinquance des jeunes. D’autres formes de délinquance menacent du reste l’équilibre social, mais pour ce qui est de notre responsabilité, la délinquance des jeunes doit être prise en compte pour ce qu’elle est : un signe de mal-être, une provocation, une réaction pour exister envers et contre tout. Tout cela à la fois, mais aussi des perturbations pour l’environnement social. Nous ne pouvons réduire les jeunes à leurs actes mais nous ne pouvons pas non plus ignorer ces actes et leurs conséquences. Pour prévenir cette délinquance, il faut s’intéresser aux causes autant qu’aux effets, il faut penser au besoin de sécurité des jeunes, au respect de leurs droits et de leur dignité, pour pouvoir travailler avec eux sur le respect des autres.