Travail de rue présence sociale
Par Geneviève CASANOVA le mer, 16/11/2011 - 11:41
Irène JOUVANCEAU, adhérente individuelle au CNLAPS, directrice du service de prévention spécialisée de la Sauvegarde du Rhône jusqu’en mars 2011.
Ce qui m’a paru essentiel au cours de l’atelier
- Au cœur de la question du travail de rue se trouve toujours posée celle de la légitimité de l’éducateur. En prévention spécialisée il y a deux sortes de légitimité et il faut être au clair avec les deux.
- La première, c’est la légitimité donnée par la commande des pouvoirs publics. Elle n’est pas toujours explicite ni cohérente. Derrière l’objectif affiché d’éducatif, peuvent exister d’autres attentes en termes d’ordre public. Cette légitimité-là, donnée par la décision politique, passe par l’employeur qui doit aussi se positionner sur les termes de la commande faite à la prévention spécialisée. Ceci n’est pas propre à la prévention spécialisée mais, compte-tenu de la prégnance du politique au niveau territorial et des questions sociétales sur lesquelles se positionne la prévention spécialisée, l’employeur associatif doit prendre toute sa place.
- La deuxième source de légitimité me paraît spécifique à la prévention spécialisée, c’est la légitimité à conquérir, celle donnée par notre public. Pour se mêler de la vie d’un groupe de jeunes, d’un jeune, d’une famille, il nous faut l’adhésion de ce groupe, de ce jeune, de cette famille et cela se construit. Ce n’est jamais gagné d’avance, cela dépend de la confiance, du crédit du professionnel. Paradoxalement, ce qui fait la force de l’intervention de prévention spécialisée, c’est justement que, malgré l’aspect ténu de relations qui peuvent toujours être mises en cause, se construisent des liens forts.
- Cet équilibre un peu particulier entre ces deux formes de légitimité peut parfois mettre les professionnels mal à l’aise et / ou générer des doutes.
Perspectives
- Il est de la responsabilité des associations, aux différents niveaux d’encadrement, de travailler ces questions avec les professionnels et ce travail doit être permanent car autant les professionnels que les territoires sont des « réalités » en mouvement, en évolution permanente. Il faut pouvoir penser ces questions à plusieurs, avec des passerelles entre les différents niveaux de responsabilité et en gardant à l’esprit qu’il est normal après tout que rien ne soit acquis quand tout repose sur la rencontre.
Choses retenues de l’atelier... et autour de ses thématiques
- Présentation du travail d’un groupe de professionnels de Rhône-Alpes (dans le cadre d’un atelier régional du CNLAPS). Travail très approfondi autant sur le fond (éthique, méthodologie) que sur la forme (modalités concrètes du travail de rue) et qui présente la grande qualité de faire en quelque sorte le tour de la question. Ensuite a été présenté le témoignage d’intervenants de l’Ardèche, dans un milieu plutôt rural.
- Le travail de rue n’est pas une « variable d’ajustement » , c’est une base. Il nécessite une adaptation fine aux évolutions des contextes : parfois les jeunes sont très peu visibles (en rural, ou même en urbain)... Comment faire lorsque l’on est constamment sous le regard de tous ? Dans l’espace rural la question de l’anonymat se pose différemment.
- Travail de rue, présence sociale, quelle différence ? Cette question est revenue souvent (peut-être faut-il rappeler la formation proposée par le CNLAPS). Les deux termes ne sont pas superposables. La présence sociale est une fonction de la prévention spécialisée et le travail de rue est une méthode d’intervention.
- Notre accompagnement n’est-il pas parfois un leurre, compte-tenu de l’ampleur de la précarité, des discriminations etc.? C’est une vraie question. On ne peut pas faire comme s’il y avait de la place pour tout le monde, on ne peut pas faire l’économie de cette question mais en même temps, plus les difficultés sont grandes plus les jeunes ont besoin à leurs côtés d’adultes qui les accompagnent et il me paraît important de le dire.
- La prévention spécialisée travaille sur les exclusions et sur les marges en revendiquant de chercher des solutions avec les usagers, de partir de leurs représentations, de leurs ressources : il y a là un parti pris politique .


