Vie associative
Par Geneviève CASANOVA le mer, 16/11/2011 - 10:47
ALAIN VOCANSON, administrateur à la Sauvegarde 42
Associations et pouvoirs publics ou « je t’aime moi non plus ».
L’essentiel
- Que les associations ne deviennent pas des prestataires de services au nom d’une pseudo-réorganisation rationnelle des moyens
Ce qui m’a frappé, surpris
- La richesse des professionnels, leur volonté d’aller vers les publics les plus fragilisés, toute cette force vive, et jeune de surcroît de ces éducateurs de prévention spécialisée, me rassure sur la qualité de leur engagement mais me laisse interrogatif sur l’accompagnement à mettre en place. Ou comment rendre leur action plus opérationnelle, plus efficiente par un accompagnement formatif sur le projet politique de leur structures employeurs, la perception institutionnelle de leur environnement proche, ainsi que la connaissance des services publics liés à leur action quotidienne. Ces principes sont incontournables et mettent les administrateurs au premier plan sur la concrétisation de ces fondamentaux.
Perspectives
- Il appartient aux employeurs associatifs de faire le lien inlassablement : entre la société et leurs personnels ; entre les institutions et les usagers. De cet engagement dépend le maintien du potentiel associatif dans ce qu’il a de réellement spécifique, sa dimension politique et la capacité à nourrir les questionnements suivants : Est-ce un débat républicain qui conduit la relation au pouvoir politique ? Quel équilibre des pouvoirs de conviction entre celui qui ordonne et celui qui fait ? Associations vecteur d’idées sur l’action publique un jour et contre pouvoir politique le lendemain ? L’association reconnue pour son savoir faire dans l’intervention sociale et décriée sur la non formation des élus bénévoles? Quelle harmonie entre le projet politique de l’association et son projet économique ?
Choses retenues de l’atelier et de ces deux journées
- Le bien fondé de l’existence de la vie associative au service de l’intérêt général : faire ensemble sans rechercher de bénéfice financier mobilise de plus en plus d’énergie et l’association constitue à ce titre un espace d’engagement social d’autant plus irremplaçable que la crise de la société est aussi une crise du lien social. Les associations gestionnaires le plus généralement par délégation de service public sont orientées vers des services à rendre à la population, vers la prise en charge de tâches non assumées, par impossibilité, par défaillance ou par choix des pouvoirs publics. La question qui se pose donc à nous est la suivante : Quel lien entre le choix fait par la collectivité sur l’action qu’elle souhaite conduire auprès des usagers et le projet politique porté par l’association ? Comment les bénévoles de l’association peuvent –ils cultiver harmonieusement la dualité entre réponse à l’appel d’offres et réalité de leur projet associatif ?
- Les relations entre associations et pouvoirs publics (Etat et Collectivités) ont changé de nature au cours des dernières années, mais depuis longtemps, la teneur de ces relations induit un certain nombre de questionnements : Qui décide, l’histoire, la notoriété ? Quelle relation entre la collectivité donneuse d’ordre et le projet associatif? Quelle pérennité pour une association intervenant pour le compte d’une collectivité (l’alternance élective est parfois cruelle !)? La notion de délégation de service public : quel contrat, quelle évaluation, quelle cohérence et surtout quel lien avec le projet politique de l’association ?
- L’éthique associative et la réalité du quotidien : au fil des ans, le contexte est devenu de plus en plus compliqué. Les pouvoirs publics, confrontés à de réelles difficultés financières, demandent au secteur associatif de participer à l’effort d’économie, et par ailleurs, les démarches d’appel d’offres et les règles de la concurrence qui pèsent sur le financement de leur fonctionnement les fragilisent. La forte place prise par ces appels d’offre, notamment pour les politiques sociales tend à inhiber les capacités d’innovation des associations et la vigueur des projets associatifs : de plus en plus considérées comme des prestataires, elles sont dans une situation de dépendance. Les principes sur lesquels reposent leur gouvernance, leur fonctionnement démocratique et leurs capacités d’initiatives sont de moins en moins sollicités. Instrumentalisées, elles perdent leur « âme » alors que le fondement de l’association, son « projet associatif », doit pouvoir être construit de manière autonome par rapport aux Pouvoirs publics. Il y a une réelle perte de sens. L’apport des associations dans le tissu social n’est pas suffisamment reconnu. Les difficultés rencontrées par les associations risquent même d’entraîner leur disparition, ce qui, dans un contexte où la crise accroît les besoins d’initiatives désintéressées, notamment en direction des populations les plus fragiles, aurait des conséquences graves sur plusieurs plans : celui des services rendus à la population ; celui de la qualité du lien social ; celui de leur contribution au développement économique.


